Aprés TF1, M6 joue avec le paranormal...
Article du Figaro daté du 29.06
A la télévision comme dans la littérature, l'inexpliqué fascine. Pour preuve, la prolifération des séries qui cultivent l'étrange. La saga de l'été Dolmen, condensé d'enquête policière et d'ésotérisme, cartonne avec plus de 12 millions d'adeptes chaque semaine et la série américaine Lost, qui marie aventure et fantastique, a fait des débuts prometteurs, samedi, avec 41,7% de parts d'audience.
Les magazines télévisés aussi poussent sur le terrain fertile des phénomènes bizarres. Ainsi, l'animateur Stéphane Rotenberg propose-t-il tout l'été, à partir de ce soir, une émission entièrement dédiée au surnaturel, baptisée «Paranormal, ils ont tenté l'expérience». Pour corser un concept quelque peu éculé, ce programme prend des allures de téléréalité.
Il s'agit pour les six quidams sélectionnés par M 6 «au hasard, dans la rue» de s'initier à l'hypnose et à la voyance. «Il est vrai que l'émission utilise les codes visuels de la téléréalité c'est-à-dire que les élèves sont filmés tout le temps, y compris en famille, et qu'il n'y a pas de plateau, admet Stéphane Rotenberg. Mais elle s'en éloigne dans la mesure où elle est tournée par des reporters, avec une rigueur d'écriture journalistique. De plus, les candidats ne se font pas éliminer. L'important n'est pas tant qu'ils réussissent ou non mais ce qu'ils ressentent. Désormais à la télévision, la tendance est au mélange des genres, et je pense que cela fonctionne plutôt bien.»
Les «cobayes» ont suivi une formation accélérée. En tout, l'expérience s'est étalée sur trois semaines mais «les séances d'initiation ont pris trois jours complets. Le reste du temps, les élèves devaient lire des ouvrages et avaient la possibilité de nous téléphoner pour poser telle ou telle question», explique Alban de Jong, chargé d'enseigner les techniques d'hypnose à Yaël, 34 ans, secrétaire juridique, Anthony, 28 ans, chef de projet dans une boîte de marketing et Edouard, 21 ans, étudiant dans une école d'ingénieur. L'hypnotiseur, qui collabore régulièrement avec la police et la justice il est intervenu à ce titre dans les affaires Dutroux, des disparus de Mourmelon ou du tueur en série de Perpignan , possède aussi des talents de pédagogue : après des premiers pas laborieux, surtout pour l'angoissée Yaël, ses disciples finissent par endormir leur entourage, plonger des proches en état de catalepsie avant de les allonger sur des tréteaux et de passer, avec brio, le test final concocté par leur professeur.
Une réussite qui fait certes les affaires des responsables de l'émission mais qui risque de jeter le discrédit sur l'hypnose. Que valent des techniques que n'importe quel pékin est susceptible d'acquérir en deux temps, trois mouvements ? «Mon but était de démontrer que l'hypnose est un ensemble de techniques à la portée de tous et qu'il n'y a donc pas lieu d'en avoir peur», plaide Alban de Jong. «Les élèves ont appris les rudiments rapidement, mais il ne s'agit que d'une entrée en matière. C'est comme lorsqu'on apprend à conduire. On fait démarrer la voiture avec l'aide du moniteur d'auto-école mais on ne court pas les 24 heures du Mans», conclut-il.
Même analyse de la part de la voyante Maud Kristen qui a tenté, avec plus ou moins de bonheur, de transmettre ses «dons» à Christine, 37 ans, directrice de parfumerie, Nasri, 42 ans, professeur de tennis, et Jessica, 22 ans, étudiante en allemand. A aucun moment, la médiatique cartomancienne n'a eu le sentiment de galvauder son art. «J'ai remarqué que la télévision aide les gens à se dévoiler, à dépasser leurs blocages, qu'elle joue un rôle de guérison publique, raconte-t-elle. C'est pourquoi j'ai accepté de transmettre quelque chose de mes capacités psychiques à M. et Mme Tout-le-Monde devant les caméras. On n'est plus dans la problématique «croire ou ne pas croire à la voyance» qui est généralement posée par les médias mais dans la démonstration que ce mode de communication existe à l'état latent chez chacun d'entre nous. Je veux que le public puisse se réapproprier la voyance qui a été mise sous le boisseau pendant des années pour des raisons historiques.» Pas sûr que son objectif soit atteint ce soir. Si l'émission est indéniablement distrayante, le concept «méthode Assimil» risque de braquer les téléspectateurs les plus sceptiques.
A voir à la télé:
«PARANORMAL, ILS ONT TENTÉ L'EXPÉRIENCE», M6, 20 h 50