Interview: Etienne Mougeotte, vice président de TF1 .

Publié le par Léo

Interview tirée du Monde daté du Mardi 30 Août .

 Etienne Mougeotte

Après un printemps difficile, le regain d'audience de cet été est une embellie ou une tendance plus durable ?

 

A la fin août, les audiences des huit premiers mois de l'année seront supérieures à celles de 2004, qui était déjà une année où nous avions franchement progressé. Nous avons fait un très bon été. Avec un cocktail de fiction française, tel "Dolmen", la série du mois de juillet, et de fiction américaine, comme "Lost" au mois d'août, auxquelles s'ajoute un programme devenu culte, un rendez-vous désormais incontournable, "Koh Lanta", et deux jeux de début de soirée, un nouveau, "Crésus", présenté par Lagaf et un plus ancien "Qui veut gagner des millions ?", animé par Jean-Pierre Foucault.

Et j'ajoute un programme extraordinaire "Mon incroyable fiancé", qui est plus une comédie de moeurs qu'une télé-réalité et qui a réuni plus de dix millions de téléspectateurs, vendredi 26 août. Ce mélange illustre ce que doit être la diversité d'une chaîne généraliste. En 2005, en matière d'audience, nous ferons mieux qu'en 2004. Pour l'avenir, je n'ai pas d'inquiétude majeure dans la mesure où nous détenons les programmes forts. Nous avons, par exemple, acquis le catalogue Warner, et resigné les droits de la Ligue des champions.

 

Les télévisions hertziennes peuvent-elles résister à la progression des thématiques et de la TNT ?

 

Plus il y a de chaînes thématiques, plus la force des généralistes sera fondée sur la diversité. Cette diversité est la base même des télévisions généralistes. Cela rend confiant sur le futur des chaînes généralistes dans un paysage où il y en a de plus en plus et où les nouvelles technologies amènent des images sur le portable, sur Internet, sur le lecteur de DVD. Les chaînes généralistes n'ont pas à redouter la montée en puissance de la TNT, dès lors qu'elles sont capables de fournir les produits les plus forts : films, séries et événements. TF1 n'est pas inquiète. Les généralistes continueront à recueillir une très forte part d'audience, même avec 12 ou 13 chaînes gratuites supplémentaires.

 

La réalité de première géné-ration n'est-elle pas à bout de souffle ?

Je ne pense pas du tout que la cinquième saison de la "Star Academy" sera la dernière. En revanche, il n'y aura sûrement pas de deuxième saison de la "1re Compagnie" et pour ce qui concerne "La Ferme Célébrités 3", rien n'est encore décidé.

 

 

TF1 peut-elle se passer de télé-réalité ?

 

Si il n'y pas de "Ferme 3" et de "1re Compagnie 2", il y aura à la place plus de fictions françaises et américaines. Le succès de la série américaine "Lost" en première partie de soirée cet été nous a donné des idées. Nous programmerons, à la rentrée, la série "Les experts" à 20 h 50. Je ne sais pas encore quand nous proposerons la deuxième saison de "Lost", mais ce sera en prime time. Nous continuons à développer la fiction française. Nous en programmons non seulement le lundi et le jeudi soir mais aussi certains mercredi soir.

 

A quand un "Lost" à la française ?

 

Est-ce que les Américains pourraient faire "Dolmen" ? A TF1, nous essayons d'innover, notamment en matière de formats en investissant massivement dans le 52 minutes. L'écriture d'un certain nombre de projets est déjà très avancée. A l'exemple de "RIS" (Recherche, Investigation Scientifique), qui est une série sur une équipe de police scientifique. Des "Experts" à la française. Nous préparons un téléfilm unitaire, "Les Rats", avec lequel nous abordons un domaine nouveau, à mi-chemin entre l'angoisse et la catastrophe.

 

Après France 3, TF1 pourrait-elle céder à la mode du feuilleton ?

 

Un feuilleton quotidien, c'est évidemment un projet que l'on regarde. Mais ce ne sera jamais un programme que l'on mettra à l'heure du journal de 20 heures comme France 3 mais plutôt en fin de journée. Dans les deux ou trois ans qui viennent, c'est un projet qui, j'espère, verra le jour. Le challenge sera de réunir 3 à 4 millions de téléspectateurs en avant-soirée. Un projet extrêmement lourd.

 

Pourquoi TF1 n'a-t-elle pas acquis l'exclusivité de toute la Coupe du monde 2006 ?

 

Pour l'instant, nous avons le caviar, les 24 meilleurs matches de la Coupe du monde. Les 40 autres ne sont toujours pas vendus. Nous ne pouvons pas dépenser encore 40 ou 50 millions d'euros ni diffuser trois matches par jour.

 

Après la télé-réalité et la fiction, M6 attaque TF1 sur le foot et l'information.

 

Que voulez-vous qu'on y fasse, on ne peut pas les empêcher de faire de l'info. De même, TF1 ne peut pas acheter tous les matches de football, donc M6 en achète.

 

La baisse des investissements publicitaires est-elle destinée à durer ?

 

Le marché publicitaire n'est pas bon. Mais nous savons d'expérience que nous sommes directement liés à la consommation et à la croissance. Que la consommation reparte et que la croissance revienne et l'on verra la publicité télévisée repartir. C'est plus conjoncturel que structurel. Il n'y a pas un effondrement de la publicité à la télévision. A TF1, nous avons été prudents dans nos investissements en programmes en 2005. Cette année, notre coût de grille va seulement augmenter de 2,9 % par rapport à l'an passé.

 

Cet été, des présentateurs des journaux de TF1 et France 2 ont fait la une de la presse people. Est-ce que cela peut nuire à la crédibilité de l'information ?

 

Il ne faut pas tout mélanger. Il n'y a pas que sur TF1 où les présentateurs et présentatrices font la une de la presse people. Cela arrive sur d'autres chaînes que je sache. Cela n'est que parce que les uns et les autres sont des présentateurs qu'on s'intéresse à leur vie privée. S'ils étaient conservateurs de musée, ils n'intéresseraient personne.

 C'est la traduction du "star system" qu'implique nécessairement la télé puisque ce sont des gens qu'on voit matin, midi et soir. Il y a donc une curiosité pour leur vie privée qui vient du fait qu'ils passent à la télé. Même si aujourd'hui, la presse franchit allégrement le mur de la vie privée, dans ma conduite des affaires de TF1 à l'égard des animateurs et présentateurs de la chaîne, je me limite au champ professionnel.

 

Après six années de stabilité, France Télévisions, votre principal concurrent, a changé de PDG. Quelles conséquences pour TF1 ?

 

Une seule remarque, Patrice Duhamel et Patrick de Carolis sont des journalistes, des professionnels de la télévision. Ce sont donc des gens que je respecte. Je pense qu'ils seront des concurrents difficiles simplement parce qu'ils connaissent bien leur métier. J'espère que nous pourrons avoir une concurrence rude mais sans mauvais coups. Sans coups bas. Mais la bataille sera rude car ils ont la chance de pouvoir disposer de cinq chaînes.

Propos receuillis par Guy Dutheil .

 
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Publié dans Interviews

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